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Feu rouge aux radars

 

radar_valin.pngLorsque l’on parle en Conseil municipal de la « mise en place d’un contrôle automatique de franchissement des feux rouges sur les feux tricolores », cela signifie concrètement pour les automobilistes rochelais l’installation de radars routiers qui sanctionneront le contrevenant de 4 points en moins sur leur permis de conduire et de 135 euros d’amende ! Si la majorité des conseillers municipaux de La Rochelle, de gauche et de droite, approuve cette perspective, de nombreuses raisons me conduisent à la réprouver.

Ces radars sont déjà en place au croisement de l’avenue J.-P. Sartre et de la rue Henri Barbusse, à hauteur du Lycée Valin, et à l’intersection de l’avenue du 11 novembre et du chemin du Prieuré, au niveau de la Chambre de Commerce et d’Industrie. Maugréer à l’encontre d’un matériel qui doit concerner uniquement les franchissements de feux rouges n’est pas politiquement correct, car on est aussitôt accusé de laxisme, voir d’irresponsabilité devant le fléau que constituent les quelques automobilistes assez débiles pour se risquer à une telle manœuvre, et mettre en danger la vie des autres par la même occasion.

 

croisement_radar_valin.png

 

Pour autant j’ai la faiblesse de penser que la majorité des usagers qui franchissent un feu au rouge ont conscience d’être dans l’illégalité, ont préalablement estimé le danger, et peuvent justifier cette infraction par une motivation sérieuse et réelle. Quant à la minorité de ceux qui s’autoriseraient un franchissement d’agrément, je pense que leur état d’esprit est tout simplement incompatible avec la responsabilité qui incombe à un conducteur d’engin motorisé. À moins que le conducteur en question ne soit ivre, donc déjà sous le coup de la loi, et par conséquent vecteur d’un danger que seuls des mesures bien plus coercitives qu’un radar pourront enrayer.

De plus, n’oublions pas le cas de figure où le véhicule n’est plus sous contrôle non du fait du conducteur, mais de l’environnement, comme c’est le cas lors de conditions climatiques qui engendrent des routes glissantes que l’impéritie d’une collectivité n’aurait pas anticipées…

Sans compter le fait que ces radars ne sont pas d’une efficacité irréprochable, et que leur tendance à flasher à qui mieux mieux a déjà eu l’honneur d’un des journaux nationaux télévisés les plus regardés.

Il convient également de signaler que beaucoup de feux inutiles à La Rochelle seraient avantageusement remplacés par des priorités à droite, comme c’est le cas à Rochefort, solution qui à l’avantage de fluidifier le trafic et d’inciter les utilisateurs de la chaussée à d’avantage de prudence. On rajoutera à cela que beaucoup de feux inutilement longs, ou d’autres autorisant le passage de bus virtuels, sont de véritables pousse-au-crime, notamment ceux situés en face de la gare de La Rochelle.

Et puis, j’ose espérer que le conducteur qui s’autorise un passe-droit sur un feu rouge ne le fait pas sans de solides raisons (urgence personnelle, problème technique, problème de santé). A contrario, pour éviter de se faire flasher et d’encourir les sanctions prévues en conséquence, des conducteurs risquent de bloquer des véhicules d’urgence qui les suivent, et par conséquent de mettre d’autres vies en danger !

 

« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux. »
Benjamin Franklin

 

Vous noterez que le sécuritarisme routier, utilisé pour justifier la mise en place de ces nouveaux dispositifs, épargnera une fois de plus les cyclistes qui font n’importe quoi sur la route en toute impunité, ainsi que les piétons qui traversent souvent n’importe comment. D’ailleurs un récent décret donne encore plus de droits à ces catégories d’usagers puisque, sous réserve d’arrêtés municipaux, les cyclistes pourront franchir un feu rouge s’ils ont l’intention de tourner à droite, et le piéton sera désormais considéré prioritaire en « manifestant clairement l’intention de » traverser une chaussée à plus de 50 mètres d’un passage protégé. La préfecture des Pyrénées-Atlantiques apporte des précisions sur ce dernier point : « Si auparavant, le conducteur devait déjà céder le passage à un piéton engagé - après avoir respecté les règles qui lui incombent - dans la traversée d’une chaussée, le conducteur doit désormais prendre en compte la situation du piéton qui attend, sur le trottoir, de s’engager et qui a manifesté l’intention de le faire (position du piéton, gestuelle, allure indiquant cette volonté). » La première mesure relativise donc la sanctuarisation des règles liées au feu rouge dont le dépassement ne sera plus l’apanage des services d’urgence. La seconde oblige le conducteur à une vigilance soutenue, voir à faire preuve de dons divinatoires, en le confrontant à certains piétons inconscients et versatiles qui voyant leurs droits étendus se croiront désormais tout permis, alors que ce n’est pas le cas !


radar_cci.png

 

L’installation de radar aux feux rouges est donc totalement anachronique à une époque où le Code de la route relativise lui-même la nécessité de l’arrêt de tous les usagers de la chaussée au signal en question, et organise la dissémination du danger routier bien au-delà du positionnement des feux tricolores par la production de textes équivoques.

 

Les élus socialistes rochelais et ceux du groupe UMP ont manifesté leur collégiale (comme souvent) approbation face à cette convention d’occupation du domaine public communal consentie au bénéfice de l’Etat. Pourtant cette technicisation de la société permettant la surveillance et le contrôle automatique va à l’encontre des positions du premier magistrat qui dans un domaine similaire rappelait encore récemment ses « réserves quant à l’efficacité réelle de la vidéo surveillance sur l’espace public ». Pis encore : deux semaines après avoir approuvé l’installation de ces radars, et à quelques mètres de l’emplacement de l’un d’entre eux, le maire reprenait les mots de Michel CREPEAU à l’occasion de la soirée de présentation de l’ouvrage « Trésors des tiroirs », comme quoi Villeneuve-les-Salines se devait d’être une « Zone à Humaniser en Priorité ».

Prendre des positions de principe et parler d’humanisation en ne trouvant rien à redire et à faire lorsque se manifeste une avancée concrète de la technicisation ajoute une incohérence supplémentaire à la liste.

 

Pour toutes les raisons qui précèdent, je ne peut qu’être défavorable à l’installation de ce qui constitue surtout un piège à fric supplémentaire pour de malchanceux automobilistes déjà assénés de frais, de taxes, et d’amendes en tous genre. Afin de contribuer à l’humanisation de la société plutôt qu’à sa technicisation, mieux vaudrait renforcer des effectifs de police à condition que l’on ne les motive pas par la politique du chiffre, mais par la mission hautement estimable qui consiste à faire respecter le code de la route par tous, pour le salut de chacun.

 


Journal télévisé de 13h sur TF1, février 2010, « Radars au feu rouge, des PV contestés » – http://www.wat.tv/video/radars-feu-rouge-pv-contestes-27etr_2eyxv_.html

« Code de la route : nouvelles règles de circulation », Service-Public.fr, publié le 17 novembre 2010 – http://www.service-public.fr/actualites/001069.html?xtor=RSS-66

« Sécurité routière : un nouveau décret pour plus de prudence envers les piétons », La République des Pyrénées, par Bruno ROBALY, publié le 30 novembre 2010 – http://www.larepubliquedespyrenees.fr/2010/11/30/les-pietons-rois-de-la-chaussee,168598.php

« Vidéo surveillance : réponse du Maire, M. Maxime Bono », LDH La Rochelle, le mardi 9 mars 2010 – http://www.larochelledroitsdelhomme.fr/article-video-surveillance-reponse-du-maire-m-maxime-bono-46349490.html

Par Marie-Claude ARISTEGUI, « Hommage aux pionniers », Sud Ouest, le 27 novembre 2010 – http://www.sudouest.fr/2010/11/27/hommage-aux-pionniers-250827-1391.php

« Jeu de dupes à La Rochelle », L’alternative rochelaise, 26 novembre 2010 - http://fabricerestier.free.fr/jeu_de_dupes.html

Commentaires

  • on peux trouver des arguments contre les feux. mais de la a dire qu'on préfère la priorité a droite.. je suis dubitatif.
    oui, il y a des expérimentations avec la prio a droite, mais il ne faut pas généraliser des cas exceptionnels. Qui, justement parce qu'ils sont exceptionnels, rendent les automobilistes attentif.

    Quand a dire qu'on sera flashé si la route est glissante, et que c'est un probleme.. j'ai tendance a dire que pour les memes raisons que vous evoquez, si on est pas capable de s'arreter ou d'être prudent en cas de route glissante, c'est qu'on ne mérite pas vraiment son permis, et que le flashage est amplement mérité.

    dire enfin que "le Code de la route relativise lui-même la nécessité de l’arrêt de tous les usagers de la chaussée au signal en question" je suis mort de frousse de penser que vous arrivez sérieusement a envisager cela comme possibilité.

    "le feux est rouge, mais bon, c pas grave, je passe quand même..."
    "il est vert ? boaf.. je m'arrête.. on s'en fou, on fait comme on veux"

    Vous citez des sources.. c'est bien. on voit que vous avez fait des études, et que vous êtes capable de faire beaucoup de brodage autour de très peu d'idée que vous avez. (de la politique peut-être ?)

    M'enfin ca valait pas la peine d'autant se fatiguer. Faites moins de blabla, cherchez plus de d'arguments, c'est ca qui compte.

    Et quand on en a pas, c'est ptet qu'on a tord non ?

  • M'enfin ca valait pas la peine d'autant se fatiguer. Faites moins de blabla, cherchez plus de d'arguments, c'est ca qui compte.

    Et quand on en a pas, c'est ptet qu'on a tord non ?

    D'accord avec l'intervenant précédent...
    Au volant d'une voiture on possède une arme de mort...Il faut de la réflexion pour s'en servir et non mettre toute sa science à dénigrer tout ce qui est mis en place pour corriger certains mauvais comportement préjudiciable à la population...
    Moins de paroles, plus d'attention...

  • @ NaSH : Lorsque j’écris "le Code de la route relativise lui-même la nécessité de l’arrêt de tous les usagers de la chaussée au signal en question", je parle des nouvelles dispositions du Code de la route qui font que « les cyclistes pourront franchir un feu rouge s’ils ont l’intention de tourner à droite ».

    @ Poirier : C’est bien ce que je reproche aux radars de feux rouges, et à tout les radars en général, que de ne pas faire preuve de « réflexion ». Je donne des éléments qui permettent soit de relativiser la faute, soit de la sanctionner de façon efficace, éléments qui pourraient être pris en compte par la police ou par un juge, mais qui ne le seront jamais par un système automatisé. Par exemple : quel intérêt à flasher un type bourré, qui certes perdra des points et paiera une amende, mais qui continuera à représenter un danger pour la société puisque personne ne l’empêchera de poursuivre sa route ?

    Je préfère de loin une société où les hommes sont jugés par des hommes plutôt que par des machines. Libre à vous de penser le contraire. Je vous conseille d’ailleurs de bien profiter de cette liberté avant que des machines, après nous avoir soumis à une répression aveugle dans le domaine de la conduite automobile, ne fassent de même dans le domaine de la pensée. Le processus est déjà enclenché puisque l’accès à internet est techniquement limité dans certaines parties du monde. Et de nombreux responsables dans notre propre pays ne ratent pas une occasion de mettre en exergue toute les vicissitudes d’internet, et occultent les avantages démocratiques du réseau dont ils mesurent trop bien les dangers qu'il fait planer sur l'oligarchie, pour inciter les gens à penser qu’il faut contrôler la toile.
    Mais tant que tout cela est pour notre bien…

  • Je crains malheureusement que l'implantation de mesures - incitatoires et coercitives - d'ordre répressives ne puisse sérieusement et durablement se substituer à la prévention et à l'éducation routière des usagers, pour laquelle trop peu de moyens sont engagés, à former des usagers citoyens et responsables.

    Il est tout autant redoutable que l'état d'esprit dans lequel se trouvent nos contemporains les amènent à considérer la vie en société seulement comme une unique et injuste contrainte dans une société où les valeurs fondamentales du vivre ensemble et de la république ne sont ni assez affirmées ni défendues...

    De la rencontre de cet état d'esprit d'avec la multiplication, ces dernières décennies, des mesures répressives, tandis que l'aspect éducatif, le volet formation, sensibilisation, souffrent d'un manque de moyens et de volonté politique, résulte un déséquilibre que l'usager lambda vivra comme une incohérence (d'un système où on attend de lui qu'il achète des voitures confortables et puissantes, qu'il soit à l'heure au travail, qu'il consomme du pétrole, mais sans poluer).

    Les contrevenants ne sont souvent que des gens lambda chez qui la compréhension de l'importance d'une attitude responsable face aux enjeux sur la route a cédé la place à d'autres impératifs et rarement à la volonté délibérée de nuire.
    Manquant de formation face aux enjeux actuels de la sécurité routière et de la conduite responsable (notamment vis-à-vis de l'environnement), ces citoyens sommés de faire leur devoir uniquement par la négative n'en retiennent que la sanction et non le motif et le sens qu'elle est sensé contenir.
    A la multiplication des contrôles et sanctions répond progressivement une habituation, qui ne fait plus de l'infraction une chose impliquant profondément la responsabilité du citoyen face à la société, mais un mal nécessaire aux contours flous que l'on cherchera à contourner plutôt qu'à empêcher par un changement de comportement vers une attitude plus responsable.

    Pour résumer, je crains que les gens pressés et stressés qui font de la négligence une habitude ne comprennent pas par la punition si celle-ci, délégué à des machines, se généralise ; si celle-ci survient dans des circonstances injustes (réaction : "que je grille ce feu ou pas, c'est pareil, je serai punis") et que dans un contexte ou la bonne attitude n'est pas facilement égrénée au quotidien par l'exemple ni favorisée par la formation continue du conducteur, sorte de pacte citoyen sur le long terme (un véhicule implique des responsabilités, une confiance mutuelle et justifiée entre société et individu et tout se passe bien), le jeune désœuvré en manque de sensations, le célibataire alcoolique, la mère au foyer pressée, le cadre suffisant etc etc ne soient jamais amenés à réfléchir aux conséquences de leurs actes au travers de formations coordonnées à tous les niveaux de l'état qui les représentent.
    La citoyenneté s'apprend et bien souvent hélas, on est sur la route comme on est dans la vie...

    Anecdote intéressante, il se trouve qu'une étude a été réalisée au Mexique :
    dans les rues ultra-bondées et saturées de véhicules où les coups de klaxons prennent part à la plupart des conflits sur la route, on a constaté, dès lors qu'un bras était passé par la fenêtre (utilisé notamment pour faire office de 'clignotant') une baisse importante, nette et significative de l'agressivité routière et de l'incivilité au volant dans un contexte surchargé qui pourtant, s'y prête bien (embouteillages où l'on voit généralement ressurgir les comportements les plus odieux et individualistes) ; à la vue d'une forme humaine dépassant de la voiture pour une communication plus directe, les automobilistes prenaient soudain conscience que les autres conducteurs n'étaient pas si différent de lui, avait des ressemblances anatomique et pratiquaient un langage du corps qui leur étaient commun. Une plus grande tolérance vis-à-vis de la présence de l'autre naît alors instantanément, même au milieu des embouteillages de Mexico.

    Si l'on veut changer les comportements, il est vraiment temps d'apporter un équilibre entre la répression (dura lex sed lex) et l'éducation.

    Si l'on tient tant à ce changement, il faut agir de manière à ce que, et ce davantage durant tout au long de la vie, toutes les couches de la société aient accès aux mêmes outils, aux mêmes renseignements, partagent les mêmes valeurs et comprennent pareillement le bien fondé des attitudes associées à celles-ci, plus responsables et moins cantonnées à la peur réflexe de l'accident ou à celle du gendarme.

    Sincèrement, la plupart des incidents et accidents sont causés par l'erreur humaine, essentiellement la négligence et l'inattention au volant, dont les causes sont généralement incompatibles avec le bon partage de la route, à savoir : besoin de distraction compulsif, incapacité à se concentrer durablement ou encore contexte personnel stressant où les enjeux de la conduite en tant que telle deviennent secondaires...
    Les gens doivent réapprendre à patienter, à se calmer, à réfléchir, à prendre le temps, à se consacrer à un enjeu qui dépasse leur individualité...
    Et au moins , à défaut, à ne pas être un danger pour eux-mêmes ou pour les autres au volant.
    Apprendre à vivre ensemble autrement que par nécessite demande un travail de fond, par les temps qui courent...C'est paradoxalement d'autant plus d'actualité et d'autant plus nécessaire !

    Citoyenneté, vous dis-je...Ouvrons des écoles, nous fermerons des prisons !

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