04.05.2009
La Voix est… Libertas ?
La France qui ne travaillait pas, en général ou plus particulièrement le samedi 2 mai vers 11 heures 30, celle qui ne faisait pas ses courses, celle qui n’était pas à bonne distance d’une télévision pour avoir voulu profiter du pont du 1er mai, celle qui n’est pas fan de foot ou afficionados de « Combien ça coûte », cette France-là a pu assister à un simulacre d’information sur quelques-unes des différentes listes en course pour les élections européennes. Donc, c’est finalement peu de monde qui a pu découvrir à travers l’émission de France 3 « La Voix est Libre » les quelques candidats des « petites listes » qui se présentent. Néanmoins, étant secrétaire départemental de Debout La République pour la Charente-Maritime, vous comprendrez aisément que je me sois intéressé plus particulièrement au traitement réservé à mon parti.
Je me suis tout d’abord vu confronté à un problème d’accessibilité de l’émission « La Voix est Libre » sur Internet. Les pages « Européennes 2009 » de France 3 (http://info.france3.fr/elections/europeennes-2009/), elles-mêmes seulement accessibles si vous cliquez préalablement sur l’onglet « info », ne comportent pas de lien direct vers cette émission… Par contre, sur cette page « Européennes 2009 », on voit bien le lien vers l’émission matinale « Les 4 vérités », et notamment celle consacrée à Philippe de Villiers (cela aurait du m’alerter…).
Poursuivant ma recherche, j'ai dû faire preuve d’obstination et d’un certain temps pour arriver à mes fins (http://jt.france3.fr/regions/popup.php?id=e44h_voix...). J’imagine donc le comportement du citoyen moyen qui n’est déjà pas passionné par l’élection européenne, qui n’est pas sensé savoir que, déjà, plusieurs « petites listes » sont parties en campagne, et qui, empli de bonne volonté, se voit confronté à une entreprise digne de la quête du Graal. Les chaînes publiques, qui ont normalement une mission de service public à assurer, devraient faire en sorte de contribuer à développer le civisme chez leurs téléspectateurs. De la façon dont elles présentent les choses, et notamment sur leur site Internet, elles n’aident pas vraiment à ce que les différentes listes disposent des mêmes chances au départ de cette campagne. Vous me rétorquerez que la programmation de « La Voix est Libre » prouve justement le contraire. Donc je vais tenter de vous démontrer que, en ce qui concerne les commentaires suivant le reportage consacré à Debout La République, on peut se poser des questions.
Je ne voudrai pas faire de procès aux journalistes dont le rôle est de poser des questions, et non d’apporter des réponses. Mais il y a des affirmations qu’il est tout de même difficile de laisser passer sans réagir, à moins d’avoir hiberné depuis 2005 et le « non » au traité constitutionnel… Cela semble être le cas pour toute cette joyeuse assemblée puisque personne ne réagit lorsque le consultant[1] intervient pour affirmer que Debout La République a des « positions très proches » de celles de Philippe de Villiers (PDV).
Car depuis 2005 un intervenant averti aurait pu souligner qu’il y a eu le silence de PDV sur la doublure du Traité Constitutionnel européen, c’est-à-dire le Traité de Lisbonne, alors que pour sa part Nicolas Dupont-Aignan (NDA) lançait une pétition et une campagne pour exiger un référendum. Il y a eu l'expression utilisée par PDV avant la présidentielle où il se qualifiait lui-même de « flotteur droit du trimaran Nicolas Sarkozy » alors que NDA quittait l’UMP, tentait d’acquérir 500 signatures pour les présidentielles qu’il n’a pas eu à cause de l’UMP qui préférait favoriser Besancenot et Le Pen[2], et créait Debout La République en suivant. Il y a eu l’apparition de PDV en deuxième position du classement des députés européens les moins assidus[3] (ce qui entame sérieusement sa crédibilité) alors que NDA fait feu de tous bois au parlement français contre la réintégration de la France dans l’OTAN, contre Hadopi qui va « déléguer la vie culturelle de notre pays à quelques majors qui sont condamnés par l’histoire », contre le Protocole de Londres et sa volonté « d’instaurer l’anglais comme unique langue de la propriété intellectuelle dans notre pays », et ce dans l’indifférence médiatique quasi générale. Et il y a les rumeurs incessantes concernant l’entrée de PDV au gouvernement à la faveur d’un prochain remaniement[4], rumeurs qui peuvent légitimement faire se demander si le vicomte n’est pas en service commandé pour augmenter la concurrence chez les « nonistes », ce qui ne pourra que profiter aux « ouiouistes ».
Mais surtout il y a l’alliance avec Libertas pour ces élections européennes.
L’alliance avec Libertas de Philippe de Villiers pour l’échéance à venir devrait être primordiale à souligner pour des professionnels de l’information dignes de ce nom. Cependant, ni le consultant, ni les journalistes présents sur le plateau n’ont jugé bon ne serait-ce que d’évoquer le nom de « Libertas », ni d’ailleurs du parti « Chasse, Pêche Nature et Traditions » (CPNT) - qui fait pourtant campagne sous la même bannière - préférant parler de « Philippe de Villiers ». Cela revient à faire comme si le souvenir que certains peuvent avoir de l’action de Philippe de Villiers au plan national et européen avant 2005 était suffisant pour justifier sa candidature européenne en 2009, et que sa dimension régionale était si remarquable qu’elle ne puisse être entachée par ses contradictions ou ses réelles ambitions.
Libertas est un des groupes parlementaires qui va réunir tous les députés élus à travers l’Europe sous sa bannière, et qui votera d’une seule voix au parlement européen. Libertas a annoncé son intention d’étendre la représentation de son parti aux 27 pays membres de l’Union. Le problème, déjà soulevé par d’autres émissions et observateurs de la vie politique[5] apparemment mieux informés, c’est que Libertas est présidé par un mondialiste, j’ai nommé Declan Ganley, lui-même candidat dans la circonscription de l’Irlande du Nord-Ouest[6], alors que Philippe de Villiers s’affiche comme un défenseur de la nation.
Il est aussi intéressant de souligner les différences notables entre la définition que Libertas donne de son projet sur le site http://www.libertas.eu/, et celle qui apparaît sur le site http://www.libertas2009.fr/. Mais pour en juger par vous-même, il vous faudra user d’une astuce technique[7] afin que vous ne puissiez pas être identifié comme un internaute français. Après, vous pourrez vérifier que le vocabulaire employé n’est pas le même lorsque Libertas s’adresse à un électeur français ou à un électeur francophone du reste de l’Europe (faites vite car après cet article, ils vont sûrement corriger). Pour les premiers, Libertas appelle de ses vœux « une Europe protectrice » et « veut faire passer l’Europe de libre-échange au juste-échange, grâce à un système d’écluses aux frontières européennes ». Alors que pour les seconds on parle de Libertas comme d’un « mouvement politique paneuropéen dédié à la création d’une nouvelle Union Européenne démocratique, responsable et ouverte ».
Sauf qu’une Europe « protectrice » c’est exactement le contraire d’une Europe « ouverte » !
Dans la vidéo[8] que j’ai mis en ligne en même temps que cet article, vous pourrez découvrir ce que Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout La République, pense de Declan Ganley et de son mouvement Libertas après qu’il ait eu l’occasion de l’étudier de près. Conséquemment à ce visionnage et aux explications qui précèdent, je ne doute pas que vous saurez dorénavant faire la différence entre Debout La République et Libertas, ainsi qu’entre Nicolas Dupont-Aignan et Philippe de Villiers.
Debout La République et Libertas n’ont donc pas de « positions très proches » contrairement à ce qui a été affirmé dans « La Voix est Libre » sur France 3. Une telle confusion entretenue par une chaîne publique mériterait un droit de réponse, sachant qu’en plus, le candidat tête de liste de Libertas, Philippe de Villiers, a eu plus de 20 minutes pour s’exprimer sur le plateau alors que le candidat tête de liste de Debout La République, Christian Lechevalier, n’a eu droit qu’à un reportage d’un peu plus de 2 minutes.
[3] http://74.125.77.132/search?q=cache:8zRQp6RkXTQJ:www.parl... ou http://www.linternaute.com/actualite/politique/dossier/as...
[5] Dimanche + le 19 et le 26 avril 2009, On Refait Le Monde sur RTL le 18 mars 2009, et de nombreux documents sur Internet.
[6] Ganley : I'll work to win voters' trust. Irish Times, 14 March 2009 - http://www.timesonline.co.uk/tol/news/world/ireland/artic...
[7] Utilisez un « proxy », par exemple http://proxy.org/, saisissez l’adresse http://www.libertas.eu/ dans la case de droite, cliquez sur une des adresses situées dans le menu déroulant au-dessous – vous aurez peut-être à renouveler la saisie de l’adresse http://www.libertas.eu/ dans la nouvelle page qui va apparaître pour finalement accéder au site Libertas. Ensuite cliquez sur « Qui sommes nous ? »
[8] Vidéo sur Dailymotion.
01:30 Ecrit par Fabrice RESTIER dans Europe | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
| Tags : dlr, debout, république, europe, élection, libertas, lechevalier, tasin, nicolas, dupont-aignan, dupont, aignan |
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Commentaires
Bravo Fabrice...
Excellente analyse...
Le droit de réponse de France 3, nous l'aurons... peut-être le 8 juin ?????
Quant au CSA, nous devrions lui adresser une pétition signée par tous pour son manquement au droit élémentaire du temps de parole... C'est purement scandaleux !!!
Amitiés,
JC
Ecrit par : Gaulliste depuis toujours | 04.05.2009
Ajoutons à ce t excellent article le fait que la position du milliardaire irlandais sur la question de l'entrée de la Turquie est loin d'être claire(tantôt pour, tantôt contre).
PH.de Villers semble s'en foutre, son objectif est de court terme:se faire réélire et peu importe sous quelle bannière(d'où une alliance purement de ciconstance avec l'argent de Libertas et le renfort de CPNT.)
Non, il n'y a plus grand chose de voisin entre NDA et P2V-ce dernier a vendu son âme.
Ecrit par : Albert | 06.05.2009
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