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Raymond Domenech. What else ?

1802996809.gifLe conseil fédéral[1] a reconduit Raymond Domenech à la tête des Bleus pour quatre raisons, et ce alors que la France entière avait toutes les raisons de faire exactement le contraire.

La première des raisons qui a motivé la reconduction de Raymond Domenech est financière puisque l’enveloppe à lui verser en cas de licenciement à deux ans du terme de son contrat aurait été de 1 million d’euros. Jean-Pierre Escalettes, président de la Fédération Française de Foot, résume la seconde par cette déclaration : « J’aime être loyal, je n’aime pas déchirer les contrats. La Fédération a un devoir d’exemplarité. » En découle la troisième qui consiste à « assurer une continuité ». La quatrième est l’argument du « terrain », puisque « le palmarès de Raymond Domenech n’est pas mauvais, qu’on le veuille ou non. Il y a la finale de la Coupe du monde 2006, et il nous a qualifiés pour deux compétitions majeures consécutives ». Et en ce qui concerne les joueurs, JPE est catégorique : « J’en ai consulté un grand nombre, ils font confiance à leur sélectionneur, et de toutes les générations. »

Mais repris un à un, ces arguments ne tiennent pas la route.
D’abord on a du mal à imaginer des joueurs qui seraient critiques envers leur sélectionneur tant que celui-ci n’est pas officiellement débarqué, où que ceux-ci n’ont plus rien à perdre. Si des professionnels dont l’activité implique une courte carrière émettent une quelconque remontrance à l’encontre d’une des personnes qui font la pluie et le beau temps dans le football professionnel, ils hypothèquent leur avenir du même coup.
Ensuite il me semble que les instances du football français sont victimes d’une maladie bien française qui veut que pour être respecté par ses pairs, il faille être pourvu d’un palmarès. Maladie infectant jusqu’à la composition de l’équipe dont une partie était titrée, mais qui manquait singulièrement de vivacité comparativement à ses adversaires. Maladie contagieuse jusque dans la stratégie qui voulant s’inspirer des victoires du passé a eu pour conséquence de privilégier la stagnation de la défense à l’impétuosité de l’attaque.
Pour ce qui est du contrat, il s’agit d’un engagement entre deux parties. Ne pas réussir à passer le premier tour d’un Euro, ne marquer qu’un seul but en trois matchs (2 buts, en fait, puisque Henry en a détourné un dans son camp), et s’en faire planter six (ou 5 pour la raison précédente…) pourrait être assimilée à une inaptitude professionnelle, et ce autant de la part des joueurs que du sélectionneur. La jurisprudence du droit du travail reconnaît que si un employé n’est pas parvenu à atteindre les objectifs que lui avait fixés son employeur, et que ces objectifs n’ont jamais été considérés comme inaccessibles par le contractant, cela peut constituer un motif réel et sérieux de licenciement. Mais comme dans de nombreux domaines, il semblerait que l’influence du droit du travail dans la prise de décision soit proportionnellement inverse à l’ampleur des salaires et au pouvoir de la cooptation.
Alors 1 million d’euros, lorsque l’on connaît la nature des sommes que brasse ce sport, ça n’aurait pas été de trop pour repartir à zéro, autant du côté du sélectionneur que d’une grande partie des joueurs. Raymond Domenech a touché 90 000 € de primes entre mai et juin, et ce sans compter son salaire. Les joueurs devront se contenter des 91 000 € touchés avant la compétition pour s’être qualifiés, étant donné qu’ils n’ont comptabilisé aucune victoire par la suite, et que les primes de match n’étaient prévues qu’à partir des quarts de finale[2].

D’après Jean-Pierre Escalettes, « Raymond a admis toute une série d’erreurs. Il fallait y trouver un remède. Cela ne pouvait se faire que sous conditions. Le principal problème concernait sa communication, par moments désastreuse car trop personnalisée[3]. » C’est ainsi que la décision du conseil fédéral est de continuer comme si de rien était, si ce n’est de procéder à la réanimation du Club France qui devient le « Club France 2010 ». Ce dernier « sera chargé de s’assurer que les intentions prises par Raymond Domenech soient bien respectées[4] ». Ce « Club France 2010 » est décrit comme un « conseil de 8 ou 9 personnes (dont le président de la FFF, le DTN, le président de la LFP, le sélectionneur, les deux directeurs généraux et des représentants du football amateur et du football professionnel) (qui) sera là pour s’occuper de tout ce qui entoure le terrain, ce qui concerne le domaine politique. Le sélectionneur a accepté toutes ses modifications. Il s’agit d’un contrat moral, sans objectif chiffré clairement déterminé. »

Il faut croire que pour les joueurs la reconnaissance que constitue le fait de porter le maillot frappé du coq, l’honneur de remporter un grand titre, et le montant des primes n’ont pas été suffisant à leur motivation. Cela peut s’expliquer par le fait que nombre de joueurs sont (beaucoup) mieux payés dans leur club que lorsqu’ils évoluent en équipe de France.
Mais il faut croire que pour la FFF, le problème vient principalement de la communication et de la dispersion du sélectionneur sur des tâches annexes qui a dorénavant « accepté de se faire aider et de ne se concentrer que sur le terrain ». Mais autant on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif, autant on ne fait pas courir un footballeur qui n’est pas motivé.
En ce qui concerne un passé récent, non seulement Raymond Domenech porte la responsabilité directe de l’échec de l’Euro 2008 en tant que sélectionneur, mais pas principale car un grand nombre de joueurs ayant participé à cette compétition ne doit pas non plus être exempt de reproches.
En ce qui concerne un avenir proche, le « Club France 2010 » dans lequel on retrouve quelques-unes des personnes qui ont confirmé le rôle de Raymond Domenech risque de porter la responsabilité d’un second échec. Et si c’est le cas, on prend les mêmes et on recommence ?

Les inconditionnels de l’équipe de France pensaient avoir bu le calice jusqu’à la lie au cours de cet Euro 2008. Il n’en était rien. Devant cette prolongation au-delà du temps tolérable, plus guidée par la cooptation que par la rationalité, plus surprenante que logique, les habitués des stades n’auront d’autre choix que celui de ravaler leur rancœur face aux railleries des supporters des équipes adverses, et aux éditos des pays voisins. Malgré la défaite, malgré tous les reproches faits au système et au coaching de Domenech, malgré la volonté unanime de changement qui s’est manifesté autant à travers la population que dans les relais d’opinion, nos instances s’en tiennent à une décision qui pourrait se résumer à ceci : « Raymond Domenech. What else ? » Pathétique !



[1] Le Conseil Fédéral de la Fédération Française de Football – http://www.fff.fr/presentationfff/fff/1011.shtml

[3] Football, EdF, Conférence de presse, J-P. Escalettes – http://www.sport24.com/football/equipe-de-france/actualites/redonner-de-la-vie-169169/

[4] Escalettes : « Pas de solution miracle »par Alix Dulac, François-Xavier de Châteaufort et Luis Attaque - RMC.fr, le 03/07/2008 – http://www.rmc.fr/edito/sport/55006/escalettes-pas-de-solution-miracle-/

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