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Lettre ouverte aux partisans du moulisme

Ce " Point de vue" a été sélectionné par le quotidien économique Les Echos et diffusé dans l'édition du lundi 26 février 2007 (http://www.lesechos.fr/info/analyses/4542457.htm).

L’élection présidentielle de 2007 est l’occasion de répondre à une attente de l’opinion publique qui s’est déjà exprimée à travers des alternances successives, le premier tour du 21 avril 2002, ou encore le résultat du référendum sur le projet de Constitution européenne. Chacun de ces évènements a pour point commun la manifestation d’un désaccord avec les actes, les positionnements ou les propositions de la majorité des élus. Le paradoxe réside dans le fait que c’est justement de la bonne volonté de ces élus que dépend l’accession à la candidature présidentielle d’une alternative.

Mais la majorité des élus désignés par une majorité d’électeurs, c’est-à-dire les maires, font barrage à l’aspiration du peuple au changement. Tous les prétextes sont bons pour ce faire : du soutien au candidat du parti auquel on appartient (même si celui-ci a déjà largement assez de promesses de signatures) au refus pur et simple de parrainer qui que ce soit, en passant par le dénigrement du projet présenté.

Seul un maire sur trois a l’intention de parrainer un candidat à l’élection présidentielle[2], et ils ne sont que 39 % à considérer que ce serait « une bonne chose pour la démocratie ». Mais en faisant en sorte que divers courants politiques n’aient pas accès à l’élection présidentielle, ils occultent l’expression d’opinions différentes puisque, par voie de conséquence, celles-ci n’ont pas voix au chapitre médiatique.

Mais non contents de redéfinir ainsi le sens du mot « démocratie », ils sélectionnent également les candidats à travers les thèmes qu’ils souhaitent voir abordés. Peu importe que votre programme trace des perspectives nouvelles pour les décennies à venir et les générations futures. Si il ne leur convient pas en ce qui concerne le « maintien des services publics en milieu rural ou défavorisé » et « la réforme des finances locales », il ne faut pas espérer faire autre chose que de l’esbroufe sur Internet ! Et bien malgré tout le respect que j’ai pour ces élus, c’est une position bien prétentieuse que celle qui consiste à penser que les sujets qu’ils estiment être prioritaires le sont également pour les français et pour l’avenir de la France.

Reste les élus qui espèrent que la notoriété du parrainé pourra rejaillir sur eux pour les prochaines municipales, ou tout au moins n’aura pas de conséquences fâcheuses sur le renouvellement de leur mandat…

A trop vouloir sélectionner les candidats à l’élection présidentielle en fonction de promesses qui souvent ne sont pas tenus, et d’éventuels bénéfices qu’ils pourraient tirer de leur parrainage, les élus contribuent au renouvellement du mandat des professionnels de la démagogie et de la communication qui, au final, ne satisfont ni eux, ni leurs électeurs. Les blancs-seings qu’ils donnent ne font que proroger l’illusion d’un changement positif alors que la nation poursuivra sa route dans la régression sociale et la soumission aux pouvoirs économiques et financiers qui sont le pendant du suivisme dont elle fait preuve face à la mondialisation. De plus, les actuels représentants du peuple se font les complices de la censure médiatique qui frappe tous ceux qui n’ont pas déjà tissé leur toile au sein des institutions. L’onction d’éligibilité, appliquée sur la base de critères en total décalage avec l’enjeu, annihile tout espoir d’une amélioration marquée du sceau d’un progrès humaniste.

 

Les élus de ce pays seraient bien inspirés, le temps d’un parrainage, de se dégager d’un positionnement partisan et intéressé. Si le mot démocratie a toujours un sens, si il s’agit toujours du « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple[3] », alors son essence même ne doit pas être confisquée par ses représentants. Les citoyens ont fait preuve de civisme en se précipitant dans les mairies l’année dernière, et ce afin de pouvoir accomplir leur devoir électoral. Je demande ardemment aux élus d’en faire autant en parrainant suffisamment de candidats afin que pour cette élection, le seul embarras du peuple ne réside pas dans le fait de savoir pour quel défenseur du « oui » il va être obliger de voter, contre quel apparatchik il va se prononcer, ou à quel extrémisme il va faire barrage,  mais plutôt quel sens il veut donner à notre évolution.

 

Moulisme : néologisme, par Rodolphe Bosselut, avocat au barreau de Paris, qui se définit comme « le fait de se comporter comme une moule, accrochée à son rocher » – On refait le monde, le 5 janvier 2007 sur RTL.

[2] Présidentielle : les maires hésitent à parrainer les petits candidatshttp://www.ipsos.fr/CanalIpsos/articles/1998.asp?rubId=19

[3] Article 2 de la Constitution du 4 octobre 1958, texte fondateur de la Ve République. Alors que certains estiment qu’il faut en changer, moi j’affirme qu’il faudrait déjà commencer par en respecter « Son principe ».

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