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Débat des socialistes

Le premier débat des candidats à la candidature socialiste, qui a eu lieu le mardi 17 octobre 2006, a porté sur les questions économiques et sociales. La critique que je vais développer ci-dessous se focalisera donc de fait sur les compétiteurs, mais elle ne manquera pas de s’appesantir, le moment venu, sur le parti que les médias présentent comme le seul adversaire possible au deuxième tour. Entre trois exercices de langue de bois, on aura tout de même cru déceler quelques idées. Je vais essayer de vous montrer que, si on y réfléchit un peu, les propositions formulées ne sont qu’un savant échafaudage de belles théories qui s’écroulera dès que les candidats essaieront de les confronter à la pratique, une fois élus.

Dominique Strauss-Kahn en « appelle à un « pacte de l’Elysée », une grande négociation en 2007 sur les salaires mais aussi sur les carrières, le pouvoir d’achat, les retraites ». Il conditionne l’augmentation des salaires à la conjoncture et aux avancées sociales obtenues lors de ce pacte. Mais l’économie étant mondialisée, les multinationales sont naturellement dans un rapport de force qui fait que si on leur demande trop, que ce soit au niveau du droit ou des coûts, elles délocaliseront. Alors dans ce cas, DSK en appelle à la solidarité nationale pour réindustrialiser la zone touchée et reconvertir les anciens salariés. Mais cette politique a des limites : celle de la dette qu’il se fait fort de stabiliser par la relance de la croissance, qui elle-même passe par la confiance. Cette dernière ne pourra s’obtenir, d’après le député du Val-d’Oise, que grâce au « Pacte de l’Elysée » précédemment évoqué.

Le problème est là : toute la stratégie de l’éléphant repose sur une promesse de négociation qui va accoucher d’une souris car le monde économique n’est plus ce qu’il était. Dans les entreprises internationalisées c’est un système qui commande, et non plus un homme ou une femme. On ne négocie pas avec un système ! On le subit ou on le modifie au niveau de l’Europe ou de l’OMC. Affirmer le contraire c’est soit tromper les gens, soit négocier au forceps et enclencher une spirale de délocalisation, de fermeture d’entreprises sous-traitantes, et d’endettement causé par les tentatives de traitement du chômage. Ce qui apparaît donc comme une bonne idée, c’est-à-dire celle qui voudrait que l’on mette en exergue le dialogue social, se trouve être un moyen de porter sur les partenaires sociaux ce dont sont convaincus tous ces candidats qui se disent pourtant socialistes : seul le recul social peut nous permettre d’éviter la banqueroute.

 

Ségolène Royal a pourtant déclaré dès la deuxième minute du débat que « Je crois qu’il est temps que les français reprennent la main sur l’économie pour que celle-ci ne soit pas au service de l’économie, mais au service de l’humain et du bien être ». Tous ceux qui pensent donc que le politique doit dominer les marchés et la finance ont donc été rassuré jusqu’à la vingt-quatrième minute ou la présidente du Conseil régional de Poitou-Charentes nous précise qu’il faut remettre les gens « sur le marché du travail grâce à une formation professionnelle adaptée aux besoins du développement économique ». Et un des deux interviewer, chargés de poser les questions déjà connu des candidat, intervient pour dire : « Il y a des métiers que les français ne veulent pas faire ! » La réponse de la candidate est sans appel : « Il faut améliorer l’employabilité en fonction des besoins de l’économie. »

Cela a d’ailleurs été la logique des 35 heures. Présentées comme un accroissement du temps libre, elles correspondent en fait à l’introduction de la « flexibilité » dans les entreprises et dans les esprits par le biais de l’annualisation du temps de travail. Avant que n’advienne cette mesure socialiste, l’idée de faire en sorte que ce soit l’homme qui s’adapte à l’économie et non pas le contraire n’allait pas dans le sens de l’histoire sociale. Laurence Parisot, qui mettait récemment au défi le ministre de l’Economie d’abroger la loi sur les 35 heures, devrait d’ailleurs réfléchir à deux fois avant de s’enferrer dans cette voie. La remise en question d’une politique mise en place par Martine Aubry en 2002, sous le gouvernement de Lionel Jospin, serait inévitablement l’occasion pour les relais d’opinions de dénoncer la perpétuation de sa contrepartie, à savoir la modulation du temps de travail.

Après la flexibilité, qui se définit comme le fait de travailler au rythme de l’entreprise, viendra l’employabilité, qui revient à caser les chômeurs dans les professions que le marché exige, et non pas dans celles qui leur plairaient. Ségolène Royal peut essayer de se démarquer de ses concurrents en dénonçant la « régression sociale » des 35 heures dont a été victime une « minorité » de salarié. Il m’est difficile de croire qu’elle soit pétrie de bonnes intentions et de convictions inébranlables quand il ne lui faut pas vingt minutes pour formuler une proposition qui aille à l’inverse de son introduction. 

 

Laurent Fabius semble aussi vouloir remettre l’économie au service de l’humain, et ce grâce à « une croissance plus juste, plus forte, plus durable ».

Pour une croissance plus juste, sa solution à lui c’est l’augmentation du pouvoir d’achat par le salaire, tout d’abord par le biais du SMIC. Ensuite « il y aura une conférence salariale pour examiner l’augmentation du SMIC sur les autres rémunérations ». J’ai déjà exprimé mon scepticisme au sujet de l’issu d’une négociation aussi ambitieuse dans le cadre d’une économie mondialisée.

Mais soyons fous : imaginons que ça marche, et que tout le monde gagne plus ! On pourrait penser que c’est tant mieux étant donné que le budget d’une majorité de français est tout juste suffisant pour s’acquitter des charges incompressibles et faire bouillir la marmite. De plus ce sont souvent ces mêmes personnes qui sont trop riches pour obtenir un logement en HLM, mais qui ne le sont pas assez pour faire des extras. Mais il ne faudra pas longtemps avant que l’inflation ne vienne s’accaparer de cette obole, la répartissant dans les bénéfices des actionnaires et des fonds d’investissement, laissant le peuple dans la même situation qu’auparavant.

Pour la durabilité de la croissance on repassera, puisque les produits dont les consommateurs pourront éventuellement profiter avant le retour de l’inflation ne sont pas fabriqués dans cette optique. La plupart venant d’Asie, ils parcourent un long trajet avant de rejoindre nos étales, liant ainsi énergie gaspillée et pollution propagée dont on pourrait se passer grâce à une production nationale. De plus, il est de notoriété publique que ces fabrications ne sont pas faites pour durer, et ce afin de permettre la subsistance d’un marché et la création d’un autre en conséquence : celui de la collecte et du recyclage. Ce dernier sera d’ailleurs financé par le consommateur dès la mi-novembre par l’intermédiaire d’une taxe prélevée sur quelque 30 000 produits de consommation courante.

Mais peut-être est-ce cela « une croissance plus juste, plus forte, plus durable » : donner plus de pouvoir d’achat afin de financer des industries de recyclages qui permettront de gaspiller encore plus, et ce en toute bonne conscience. Dans ma grande naïveté, je pensais qu’il s’agissait d’avoir les moyens d’accéder à une production issue d’entreprises nationales qui axent leurs efforts sur la durée de vie des produits, la qualité de l’environnement, le respect du droit du travail et les avantages sociaux.

Laurent Fabius conclura son exposé sur la croissance par ce propos sibyllin : « On ne peut pas séparer l’action menée en France (…) et l’action menée en Europe ». Autant dire que tout ce qui précède n’engage que ceux qui y croient (si il en reste encore qui pensent que la méthode est infaillible…) puisque la politique européenne est enlisée par des pays membres qui sont soit en désaccord entre eux, soit en désaccord avec leurs citoyens. 

 

En conclusion, on peut légitimement se demander si tous ces positionnements ne sont pas là pour meubler une campagne qui parie tout sur l’alternance du pouvoir après deux exercices chiraquiens. Les candidats à la candidature doivent aussi afficher leurs différences au sein de leur propre partie tout en se basant sur un programme commun. Ils rivalisent ainsi d’idées qui ne résistent pas à l’analyse, soit parce qu’elles ne correspondent pas à la réalité, soit parce qu’elles ne visent qu’à satisfaire de façon incohérente un amalgame d’opinions, soit parce qu’elles parient sur une mise en phase des politiques nationales et des opinions populaires au sein de l’Europe qui est loin d’être acquise. Le plus dangereux pour la démocratie dans tout ça, c’est que si l’une de ces personnes est finalement élue à la magistrature suprême, elle le soit en donnant l’illusion qu’une des méthodes ci-dessus peut apporter satisfaction à la majorité de la population. Et vu ce qui précède, il y a loin de la coupe aux lèvres.

Commentaires

  • Venez visitez mon blog , si vous avez des idées pour faire changer la France , vous avez cas vous présenter aux élections de 2007 .

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